HALTE - LA !
Dès mon plus jeune âge,sans famille, sans parents, ni
grands-parents, les chemins de ma vie s'annonçèrentt des plus difficiles dans les méandres de l'espoir. La guerre de 1939 - 1945 apporta bien des déchirures et démantèlements dans lbeaucoup
de familles. Une solitude immense s'abattait sur tout le territoire de notre globe terrestre. Mes ancêtres maternelles disparurent avec ce feu diabolique. Mon grand père,
Mikael Gumienny, né le 13 Novembre 1908 en « Russie » chef religieux de sa commune, venu en France avec d'autres familles d’Ukrainienne, parcourant à pied ou en charrette
des kilomètres pour fuir, très loin le courroux de la révolution Russe. Il s’installa avec sa femme rencontrée en Pologne, Stephania de son prénom, Kinal née le 22 Janvier 1908, à Montluçon qui
comptait cinq mille habitants dans l’Allier en France, avec d’autres familles, là ou il y avait besoin d’une main d’œuvre. Tous ces émigrés étaient embauchés à moindre salaire dans les
mines. Travaillant sans relâche pour 100 frs par mois lorsque le patron était généreux et n'ayant pour repos que le dimanche après midi. Ils oubliaient les profondeurs de la terre,
descendre toujours et encore plus bas afin d'extraire le charbon, l'or noir , ayant pour compagnon une gourde, un morceau de pain noir et parfois du fromage, le reste du dîner dominical. Ce
repos était à chaque fois le plus attendu mais aussi le plus beau. Les vacances n’existaient pas à cette époque. Les mineurs revêtaient leurs beaux habits resplendissants pour quelques
heures. La bière et le mar coulaient dans les bars, jeunes hommes et jeunes filles s'entremêlaient de leurs plus belles histoires d’amour. Le charbon devint en crise, il fallut se tourner vers
l'industrie dont la plus grande usine implantée fut "dunlop". La deuxième guerre mondiale rugissait dans son horreur. Les Allemands prirent d’assaut le village alors qu'il se trouvait en zone
franche, expulsa les étrangers polonais pour certains après avoir fermé en totalité et à jamais les mines. Le 3 septembre 1942, cent quarante trois juifs dont 18 enfants furent livrés par
le gouvernement de Vichy aux Nazis. Ils furent exportés au camp d'Auschwitz. La gestapo avait effactué de
nombreuses arrestations dans la région qu'il avait incarcéré à la prison de Richemont. Le 4 Aout 1944 à cinq heures du matin ils convièrent les 42 otages à se regrouper et à monter dans
un camion encadré de deux autres camions de soldats allemands et d'une voiture légère avec quatre officiers. A trois kilomètres du village de Quinssaines, le convoi tourna à gauche en direction
du lieu dit « Les Grises » qui à cette époque était un terrain d’exercice militaire et où l’avant-veille avait été creusée une fosse. L’exécution commença vers 6 h 20 dans des cris
épouvantables; les otages , par groupes de cinq furent abattus par derrière pour tomber la face contre terre. A 7 heures, leur triste besogne terminée, les 80 assassins reprenaient la
route.
M. Picandet, un témoin qui avait entendu des cris et des coups de feu prévint les autorités: le Maire, M Méchain et le Sous-préfet M. Féa. Ce dernier alla demander à l’État major allemand, à
l’hôtel Terminus, s’il avait connaissance des faits. Mais on lui répondit que les fusillades dépendaient de la gestapo. M. Féa demanda l’autorisation, d’abord refusée, au chef de cette
organisation criminelle, de pouvoir exhumer les corps et de leur donner une sépulture convenable ce qui fut fait l’après-midi même. Sous la surveillance des gardes mobiles et des
« maquisards », en présence des autorités judiciaires et policières, on exhuma les corps et on fit leur « toilette ». Mais ce n’est que le lendemain que les victimes furent
enterrées au cimetière de Prémilhat où l’on déposa sur la fosse commune une superbe couronne de fleurs.
Après la libération de Montluçon, une cérémonie à la mémoire des 42 otages fusillés fut organisée le 17 septembre 1944 à l’Hôtel de ville. Cependant 4 personnes n’ont jamais pu être
identifiées. . ce fut Le massacre de la carrière des Grises. Ainsi mourra Mikael sous les yeux de sa fillette née bien assise le 21 Mars 1932 dans
cette commune déclarée par la voisine Josépha Boczar épouse Laprzal, ma mère OLGA âgée de douze ans regardant avec effroi le viol de sa tendre maman.
Ma grand mère jamais remise de cette horreur, resta dans sa torpeur à jamais.
Les hôpitaux dans l’année de 1944 virent l'affluence de personnes en grande difficultés mentales, déchirées par les terribles souvenirs,
cris et douleurs ou de vie brisée. Pensant que Stéphania, ma grand mère avait perdu tout ses esprits, la médecine l’enferma dans l' hôpital psychiatrique d'Yzeure. Bien des années plus
tard l'on m'expliqua qu'en réalité à cette époque il n'y avait pas de traducteur de russe, ce qui a eu pour conséquence le mutisme total de sa part. Nul mot ne s’évinçait de sa gorge, seul ses
yeux et ses gestes pour exprimer sa torpeur de la guerre. Ces cordes vocales complètement tendues et durcies ne pouvaient plus émettre de son. Seule restait l'incompréhension de ses gestes
qui parfois se débattaient dans le vide. Les infirmiers me racontèrent qu’alors dans ces temps là ils enfermaient les malades dans un endroit comme un cachot, un séjour qui pouvait durer
plusieurs jours, avec comme remède la camisole de force, le torse bandé et les poings attachés, souvent ou leur imposait
un ruban sur les lèvres de façon à ne pas entendre leurs cris. C'est en recherchant ma mère que j'ai retrouvée sa trace en 2002. Suite à ma visite elle bénéficia sans doute par crainte de
savoir que maintenant elle avait de la famille,d'aller dans une maison de repos. C'est là que je fis sa connaissance. Mon fils Gaetan ainsi que ma fille Héléna m'accompagnèrent. Elles
nous sembla de nature tranquille jusqu'au moment ou dans ses yeux j'ai cru voir un desespoir qu'elle traduisit par une geste de demi violence envers moi cherchant à me frapper. Mon coeur
se serra et c'est avec regret que nous la quittions, laissant dernière nous une vieille femme rempli de ses ombres d'une vie lugubre. Paix à son âme aujourd'hui et bienheureuse
soit elle là où elle se trouve maintenant reposant dans une fosse communale de Saint Pourçain Sur Sioule.
AURORE -2008 (... Histoire Vraie...)
A suivre..




